Aline LASCORZ
3, rue St Ferréol
13001 Marseille
04.91.33.76.11
PSYCHOTHERAPEUTE
06.83.09.42.01
aline-lascorz@voila.fr

L' ARTICLE DU MOIS

 

Trois voix, trois références pour vivre et agir

 

La voix des autres

La première référence dans ma vie, c’est bien la voix des autres. C’est elle qui guide mes premiers pas. C’est elle qui préside à mon éducation. La voix des autres a un rôle d’avant garde dans mon devenir. Elle me précède et je la suis à la trace. Elle représente pour moi la sécurité, l’espoir, la vie. Sans elle, je suis perdu. Mon instinct n’a que le sens et la direction de cette voix. Je la cherche. Je l’attends. Je la guette. Je suis tendu vers elle. Cette voix est toute-puissante. Elle est mon dieu. Dès qu’elle se manifeste j’ai la sensation d’exister. Je suis rassuré. Je suis tranquille. J’appartiens à quelqu’un. Ce quelqu’un se penche sur moi. Ce quelqu’un tient ma vie dans sa main. Mon amour est sans bornes pour cette voix. Je l’aime avec passion, plus que moi-même. Si elle vient à me manquer je ne suis rien. Je ne suis qu’une toute petite chose impuissante, vulnérable, fragile.
La voix des autres a un pouvoir souverain sur moi quand je suis jeune enfant. Je m’en remets à elle avec une confiance absolue. Mon besoin est tel que pour aucune raison je ne veux prendre le risque de la perdre. C’est une question de vie ou de mort.
La voix des autres fait partie du processus normal de ma croissance. Sans elle je ne peux devenir ce que je suis. Cependant, la voix des autres, si elle est juste parfois, sonne faux à d’autres moments.
Elle est juste quand elle s’adresse à moi comme à une personne et qu’elle se met au service de ma vie unique et originale. Alors elle prononce pour moi des paroles de sagesse qui m’apprennent à grandir. Elle m’interpelle avec foi. Elle croit en mes capacités. Elle a un ton et des accents de respect. Elle tient compte de mes limites et de mes différences. Elle est ferme et nette pour me prémunir du danger. Elle est intelligente pour m’outiller face à ce danger. Elle est bonne et douce devant ma souffrance.
La voix trompeuse des autres est fausse chaque fois qu’elle me considère comme un objet ou comme un petit animal sauvage. Elle me manipule ou me dresse. Cette voix alors me trahit profondément. Comme je n’ai d’autre choix que de lui remettre ma vie sans condition, je subis l’influence nocive de cette voix. Cette influence m’imprègne de peur, de culpabilité, de mensonge. Je suis trompé sur qui je suis. Je suis trompé sur l’amour. Je suis trompé sur la vie.
Le problème est que cette voix que j’ai suivie durant mon enfance me poursuit durant ma vie d’adulte. Intérieurement, elle me harcèle de ses interdits, de ses jugements, de ses principes, de ses croyances. Bien longtemps après que la voix extérieure s’est tue, je l’entends toujours en moi, aussi présente, aussi claire, aussi choquante. Adulte, je me sens coupable de la transgresser. Je me sens menacé de rejet ou d’abandon si je ne lui obéis pas. Je me sens indigne d’amour et sans valeur si j’ose m’insurger contre elle. Je demeure alors assujetti à la voix des autres. Dans mon présent, je subis leurs attentes et leurs exigences. Pour leur plaire, je nie mes besoins et mes limites. Pour ne pas les perdre, je multiplie mes efforts et je les laisse exploiter mon potentiel à leur profit.
On dit que la peur est le commencement de la sagesse. Si elle me conduit, elle m’entraîne tout droit à l’impasse de la servitude. Je suis alors l’esclave de la voix des autres. J’agis en fonction des autres. Je décide ce qu’ils veulent que je décide. Je pense ce qu’ils souhaitent que je pense.

La voix de ma tête

La voix des autres me garde tourné vers l’extérieur en attente de directives pour agir. La voix de ma tête s’élève contre la première afin de prendre le pouvoir sur ma propre vie. La voix de ma tête est plus ou moins réactionnaire. Elle marque cependant toujours une tentative de rupture avec la voix des autres. C’est une affirmation du «je veux» en opposition à ce que les autres attendent ou veulent de moi. Je veux décider de ma vie. Je veux être affranchi. Je veux être libre. La voix de ma tête réagit à la voix des autres.
Si la voix des autres a été juste envers moi durant mon enfance, la voix de ma tête m’entraînera à prendre une distance face à cette voix mais sans grand fracas. La voix des autres m’ayant permis de grandir et de m’enraciner dans mon identité, ma sécurité personnelle me permet de prendre les guides de ma vie sans avoir à m’emparer de mon pouvoir. Je délaisse la voix des autres simplement pour être moi. Je me bâti une conception de la vie à partir de mes réflexions. Je me bâti une image de ce que je veux devenir à partir de mes espoirs. Je me bâtis une organisation de vie à partir de mes besoins et de mes goûts. J’établis mes priorités, mes valeurs, mes croyances. Je passe de la pensée de tout le monde à ma pensée personnelle. Ma tête devient le centre de mes décisions. Mon ordinateur se met en place et prend sa place. À cause de l’inexpérience ou de la mauvaise expérience de la vie, il a tendance à se protéger, à se fermer sur lui-même. Il est plutôt mécanique et rigide. C’est la sécurité que ma tête se donne pour fonctionner sur circuit indépendant.
Si la voix des autres a été fausse, qu’elle m’a trompé, la voix de ma tête va donner des secousses. Sa réaction en sera une d’opposition, de rejet et même de violence. J’arrache le pouvoir à tout prix. Je veux être le seul maître à bord. Dans ma frénésie de pouvoir, je risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.
La voix de ma tête oriente mes décisions et mon action en fonction de mes ambitions personnelles. J’ai tendance dans mes choix à ne tenir compte ni des autres ni de ma vie profonde. Je m’impose des exigences souvent très grandes et j’en impose aussi aux autres. Je ne tiens compte que d’une partie de la réalité: celle qui répond à mes calculs de succès et d’efficacité. Je décide et j’agis en général par principe et devoir et je répugne à être remis en question. La voix de ma tête est intransigeante. Elle accepte mal pour moi la limite, l’erreur ou l’échec. J’ai une notion de liberté très individualiste. Je décide ce que je veux, comme je veux, quand je veux. La voix de ma tête, quand elle s’exprime en réaction à la voix des autres, plane souvent au-dessus des contingences de la vie ordinaire. Elle m’expose à des décisions risquées pour moi et pour les autres. J’ai la double image de chevalier sans peur et sans reproche et de l’habile diplomate pour qui la fin justifie les moyens. La voix de ma tête est alors menée par le désir de me valoriser, par la volonté de succès, par l’espoir de contrôler ma vie et celle des autres. Cette voix de ma tête me conduit vers l’abus de pouvoir ou vers l’indépendance.
La voix de ma tête est le passage naturel entre la voix des autres et la voix de ma vie. Elle a des accents justes et des accents faux selon qu’elle est une prise de distance normale par rapport à la voix des autres ou qu’elle est en réaction intempestive à cette même voix.

La voix de ma vie

La voix des autres garde le pouvoir à l’extérieur de moi. Elle me détourne pour ainsi dire du lieu où se situe l’enjeu de mon existence. Je dois accéder à un certain pouvoir sur ma vie. La voix de ma tête me fait faire le virage de l’extérieur vers l’intérieur. Cependant, cette voix, tout en étant centrée sur moi demeure superficielle. Elle a tendance à tourner sur elle-même. Elle demeure à un niveau rationnel qui n’atteint pas l’essence de qui je suis. La voix de ma vie est la seule qui soit branchée à ma source profonde qui donne sens et direction à mon existence. La voix de ma vie fait descendre ma tête au cœur de ma vérité intérieure.
Le pouvoir de décision comme tel se situe toujours dans ma tête, mais la référence qui doit guider sa décision vient d’un lieu plus intime, plus essentiel. Ma tête ne peut, au risque de me perdre, s’arroger un pouvoir indépendant de ma vie. C’est ma vie qui a la réponse à qui je suis. Ma tête met son pouvoir de décision, non au service d’elle-même, mais au service de ma vie.
Oui, c’est ma vie qui a la vraie réponse. Ma vie, c’est la force qui me fait être moi : une personne différente de toutes les autres. Mon identité originale est constituée de l’ensemble de mes qualités et aptitudes. Cette identité possède un dynamisme de croissance qui la pousse à s’accomplir aussi pleinement que possible à l’intérieur des contours qui la circonscrivent. Ma vie fait entendre sa voix quand elle n’est plus étouffée par la voix des autres ou par la voix de ma tête. Longtemps ces trois voix se partagent le territoire de mes décisions. La voix de ma vie est celle qui a le plus de peine à se manifester. Elle est la plus profonde, la plus lointaine, la plus exigeante. Pour la rejoindre et entrer en contact avec elle, un long travail de déblayage de ma route intérieure doit être fait. Ce qui fait justement l’objet de la psychothérapie: ouvrir le chemin qui donne accès à une liberté authentique. Grâce à cette dernière, ma tête peut décider à partir des messages que ma vie émet.
La voix de ma vie est réaliste. Elle oriente ma tête vers la décision la plus appropriée à moi aujourd’hui. La voix de ma vie est donc personnelle et actuelle.
Ma vie se situe dans le présent de chaque jour. Je change. J’évolue. Je ne suis plus ce que j’étais hier. Je ne suis pas encore ce que je serai demain. Je suis qui je suis aujourd’hui! Ma vie ne peut parler pour hier qui n’est plus ni pour demain qui n’existe pas. Ma vie concrète n’a qu’un temps: le présent.
Ma vie est personnelle. Elle ressemble à celle de toutes les autres personnes humaines. Pourtant, elle en est radicalement différente. Je suis un être à exemplaire unique. Je suis une exclusivité ! J’ai mon bagage génétique individuel me venant d’un ovule particulier et d’un spermatozoïde particulier. Ces deux particuliers forment ensemble un nouveau particulier: moi. Bien sûr, on parle de clonage... Pour l’instant, cela est un rêve scientifique. Est-il réaliste? Génétiquement, peut-être. Et après ? L’histoire de ces individus identiques pourra-t-elle être calquée l’une sur l’autre dans le menu détail des circonstances de la vie ? Pour le moment je suis seul à être qui je suis avec l’histoire qui est mienne depuis ma conception à ce jour. Aucune autre réponse que la mienne ne peut me convenir. I1 n’y a qu’une bonne réponse pour moi. Ce n’est pas celle des lois civiles ou religieuses, ni celle de ceux qui m’aiment le plus, ni celle des plus grands experts. C’est la mienne. La réponse qui surgit de mes propres entrailles. La réponse vivante qui monte de la sève de mes racines. La réponse qui baigne dans ma source qui elle-même s’alimente à la grande Source qui est Vie.
La voix de ma vie me parle du sens et de la direction de mon existence à partir de mes capacités personnelles, de mes limites actuelles et de mes aspirations d’accomplissement. La voix de ma vie est donc fonction de qui je suis, en tenant compte de ce que je peux aujourd’hui. Elle m’appelle à devenir moi dans toute mon originalité, incarnant progressivement à ma manière les valeurs spirituelles de justice, de paix, de liberté, de vérité, d’amour.

« La réponse est en moi »
Micheline LACASSE
Editions de l’homme

 


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