C'est seulement en avançant vers l'inconnu qu'on peut trouver sa vérité
Souvent, nous souffrons parce que nous ignorons où nous en sommes de notre évolution. Ou bien nous craignons d'avancer.
« Nous voulons sincèrement changer, affirme Suzanne Anderson, mais nous sommes comme des trapézistes dans le vide qui gardent un bras accroché au trapèze qu'il faudrait lâcher. Tout changement nous met au défi de renaître à autre chose en laissant mourir une partie de nous-même... Et nous avons si peur de la mort ! »
Peur, insécurité, manque de confiance, des sentiments que Patricia, la quarantaine, a pu affronter durant le stage : « Pendant dix ans, j'avais consacré toute mon énergie à une propriété de famille dont j'avais la charge... Les travaux finis, je me suis retrouvée dans une vie quotidienne très terne. Les rapports avec ma fille s'étaient dégradés, j'avais de grands moments d'apathie, des questions insolubles tournaient dans ma tète : « Qu'est-ce que je vais devenir ? Que faire ? » Patricia traversait alors un no man's land inévitable pour celui qui évolue en profondeur. Ce que Chilina Hills appelle « zone neutre ».
Tout changement, dit-elle, se déroule en trois phases, de durée et d'intensité variables, et ce évidemment selon la personnalité. I1 y a d`abord la « fin » : fin de l'identité d'épouse lorsqu'on divorce, fin d'une identité professionnelle lorsqu'on est en préretraite... C'est une phase où il s'agit d'identifier ce qu'on va devoir lâcher. Un moment où « je reconnais ce dont il faut me séparer ». La phase qui suit, dite « zone neutre », est une phase initiatique qui s'accompagne d'une grande confusion mentale : on ne sait plus où l'on est, impuissance et culpabilité sont à leur comble, on ne voit pas comment intervenir : on a cessé de vivre en couple, mais on se sent mal seul, ou bien on s'est installé dans un nouveau pays et l'on éprouve aucune envie de sortir de chez soi... Certains, tels les hommes d'affaires, considèrent ce moment du processus comme un échec, alors que c'est un temps précieux. Un arrêt sur image encourage toujours une vision juste. "Le stage permet de faire de ce temps de non-agir un passage nourrissant, pendant lequel nous pouvons nous ressourcer, affirme Suzanne Anderson. C'est un moment où il s'agit de faire remonter à la conscience le but fondamental de notre existence." Si l'on a vécu pleinement ces deux premières étapes, on se sent alors prêt au « nouveau départ », phase ultime où l'on va s'engager en tout confiance, dans de nouvelles directions, suivre son intuition, concevoir enfin des projets réalisables. « Je me suis rappelée combien la peinture était importante pour moi, raconte Patricia. En acceptant de m'arrêter pendant quelques mois dans une période de lâcher-prise, j'ai senti à un moment émerger l'évidence : je veux vivre de ma peinture. J'ai repris quelques cours de dessin, et, je le sens, des opportunités vont se présenter... »
Pour Suzanne Anderson et Chilina Hills, toute transformation réelle, dépend de notre capacité à vivre chaque phase l'une après l'autre, le temps nécessaire et en toute conscience. La thérapie nous aide alors à nous poser les bonnes questions : quelles sont les pensées qui nous détruisent ? Que pouvons-nous déprogrammer ? Où en sommes-nous de notre évolution ? Quels changements s'imposent ? Une pause indispensable à notre maturation profonde, car changer n'est pas une mince affaire. Ne s'agit-il pas tout simplement de devenir soi-même.